Le crépuscule des elfes, Jean-Louis Fetjaine

"Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt de chênes et de hêtres, peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes, des êtres pleins de grâce à la peau d'un bleu très pâle, qui savaient encore maîtriser les forces obscures de la nature. Ce livre est le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible. Ce fabuleux roman établit un pont entre l'univers des légendes celtiques, la fantasy et le cycle arthurien."

Il y a longtemps que je voyais cette couverture avec envie, reproduisant le tableau Ophélie, (1889) du préraphaélite Waterhouse, la couleur de peau bleutée semblant être la seule modification. C'est grâce à la chronique de Maureen, du Bazar de la Littérature, que je me suis décidée à (enfin) lire ce classique de la littérature fantasy française...

Sans être un véritable coup de cœur, et je m'en expliquerai plus loin, ce fut une très belle lecture, où j'ai pu retrouver la plupart des grandes thématiques de l'heroïc fantasy. L'auteur, égrène ainsi, de manière plus ou moins visible, de nombreuses références : le cycle arthurien bien sûr, mais également le Seigneur des Anneaux pour ne citer que les deux principales. Un peu moins évidente peut-être pour tout le monde, est l'influence de jeu de rôle : jouant moi-même régulièrement à des JDR type "Warhammer", j'ai immédiatement sentit ce rapport au milieu rôliste. Je ne sais pas si l'auteur a lui-même joué, ou si cela s'est fait de manière inconsciente, mais il est clair que dans la répartition des personnages, les phases de quête, les différentes capacités allouées aux héros, et l'enchaînement des évènements, que jeu de rôle et littérature s'influencent mutuellement et ce pour mon plus grand plaisir ! J'ai trouvé que cela apportait un rythme agréable et soutenu, peut-être un peu convenu parfois, mais rafraîchissant. Enfin, ces influences donnent une clarté aux propos : l'auteur nous explique dès le début où l'on est, quels sont les rapports entre les différents peuples et leurs caractéristiques. On peut ainsi directement passer au vif du sujet : l'auteur sait qu'il parle à des lecteurs connaissant ces références.

L'action se situe donc dans un monde médiévalo-fantastique assez classique, avec un rapport conflictuel entre peuples des villes et des forêts, ou plutôt peuple des extérieurs (elfes) et des intérieurs (hommes et nains), insistant sur les effets que produisent ces différents milieux sur leurs habitants. D'autres peuples et créatures sont aussi mentionnés, mais l'essentiel de l'histoire se concentre sur ces trois "tribus" précisément. Si les caractéristiques globales de chaque peuple restent celles que l'on connaît, l'auteur réussit cependant à différencier les nains et les elfes des références habituelles pour créer ses propres tribus. On nous entraîne dans un monde à l'imaginaire connu, mais qui a ses règles propres et qui arrive tout de même à nous surprendre.

La narration et la plume sont fluides, l'histoire est agréable à suivre même si j'aurai aimé qu'on s'attarde plus sur les descriptions, sur la richesse et la profondeur de l'histoire de ce monde, afin de lui donner plus d'ampleur.

J'arrive maintenant aux petits bémols... A commencer par les personnages : si l'on s'attache très rapidement à Uter, le chevalier, et surtout, Lliane, la reine des elfes, c'est plus compliqué pour les autres héros... Je suivais donc leurs péripéties avec plaisir mais sans vraiment craindre pour leur vie (excepté les deux personnages cités). Ainsi à la mort de certains protagonistes je n'ai pas vraiment été touchée, et des moments décrits comme émouvants voire éprouvants, ne l'ont pas été pour moi. 
Plus gênant pour moi, et paradoxalement car il s'agit de mon personnage préféré,  fut le traitement narratif de Lliane : elle est traitée tout au long de livre de manière très sexualisée, à la fois dans ses rapports aux hommes, mais aussi dans sa nudité très souvent révélée. Dès le début on insiste sur sa beauté, l'attraction qu'elle exerce sur les hommes... et c'est comme ça pendant 370 pages... Alors bien sûr, c'est aussi une souveraine respectée, une incroyable guerrière (qui sauve plusieurs fois ses compagnons masculins !!!), une guérisseuse et une magicienne hors pair, mais dont on rappelle toujours la plastique source de désir. Mon problème est que, non seulement les hommes n'ont pas droit au même traitement (on indique rapidement qu'Uter est un beau chevalier), mais qu'en plus on voit la reine au travers d'un regard masculin, une vision assez fantasmée qui est, assez fatigante à la longue. Il y a peu de personnages féminins importants ici, la seconde étant l'exacte opposé physique (!) de Lliane. Et malheureusement, j'ai eu l'impression de croiser dans cet univers énormément de prostituées, courtisanes, décrites dans leur nudité... Sortant de ma lecture des Brumes d'Avalon il y a peu, le changement a été un peu radical !

Malgré tout, c'est, et j'insiste, un excellent roman de fantasy qui mérite d'être redécouvert. Je prévois donc de lire la suite dès que possible, en espérant découvrir peut-être de nouveaux personnages féminins ;-)



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